[Exposition] Paroles de chercheur·euses : Peut-on communiquer à travers le temps profond ?

Une exposition de Pascal Vaillant, Enseignant-chercheur en informatique linguistique et Directeur de l’IUT de Bobigny

Peut-on communiquer à travers le temps profond ? vous est proposé en regard de l’exposition Fossiles impossibles de Kaspar Ravel, présentée du 8 octobre au 3 décembre 2026 au Café Expo, sur le campus de Villetaneuse.  Avec Fossiles impossibles, Kaspar Ravel engage une investigation artistique.autour des déchets radioactifs, legs inévitable de notre société, et explore comment la question de la désintégration radioactive trouble notre rapport au temps.  Dans ce contexte, le Service culturel a souhaité donner la parole à un chercheur de l’université, Pascal Vaillant, enseignant-chercheur en informatique linguistique et directeur de l’IUT de Bobigny, afin d’apporter un nouvel éclairage à l’une des problématiques soulevées par Kaspar Ravel : quels messages produire pour avertir les civilisations futures du potentiel danger présent sous la terre causées par les déchets nucléaires ?

L’humanité laisse sur la planète des traces de sa présence qui seront encore là dans des centaines de milliers d’années. L’une de ces traces consiste en des dépôts concentrés de matières radioactives très nocives (à haute activité), et à vie longue. Certaines d’entre elles ont des demi-vies radioactives de plusieurs milliers voire de plusieurs millions d’années. Ces déchets dits « HA-VL » ne représentent qu’une faible partie des déchets nucléaires, mais concentrent 95% de leur radioactivité totale.

Que faire de ces déchets concentrés très dangereux ? La solution considérée jusqu’ici comme « la moins mauvaise » par les experts du domaine est l’enfouissement en profondeur dans une couche géologique stable. Cette solution est déjà appliquée dans plusieurs pays (États-Unis, Finlande …), et c’est celle qui est mise en œuvre dans le projet Cigéo en France (en cours de construction). A priori, l’intention est que plus personne ne vienne toucher à ces déchets une fois qu’ils auront été enfouis. Cependant, il existe toujours un risque d’intrusion intentionnelle (malveillante) dans un futur proche, ou accidentelle dans un futur lointain. Afin d’envisager tous ces scénarios, il est envisagé de laisser aux générations futures un avertissement de danger.

La question qui se pose alors est : comment communiquer un message à des créatures vivantes et intelligentes, qui puisse encore être compris dans 241 milliers d’années ? Les langues humaines évoluent en à peine quelques siècles pour devenir méconnaissables. Parmi les procédés techniques de stockage des messages, les matériaux support des écritures traditionnelles deviennent irrécupérables au bout de quelques siècles dans le meilleur des cas. Les procédés numériques sont paradoxalement encore plus éphémères.

Cette question constitue un défi majeur pour les promoteurs de ces projets. Les ressources de la linguistique et de la sémiotique (science du sens en général, pas exclusivement linguistique) ont été mobilisées pour tenter d’y répondre. Peut-on créer une signalétique qui soit non seulement stable dans le temps sur le plan du signifiant (son support physique), mais qui puisse encore être comprise dans des millénaires, par les êtres intelligents qui la verront ? La réponse est loin d’être évidente.

Illustration : OpenClipart-Vectors

Date

08 Oct 2026 - 03 Déc 2026

Heure

Toute la journée

Lieu

Bibliothèque campus Villetaneuse

Organisateur

Service culturel
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