À l’occasion d’Octobre Rose, le Dr Eurydice Angeli, cancérologue, chercheuse et enseignante à l’Université Sorbonne Paris Nord, revient sur son parcours au croisement du soin et de la recherche. Lauréate du prix Ruban Rose Avenir en 2025, elle porte le projet Fab-ulous, qui vise à améliorer le traitement des métastases cérébrales du cancer du sein HER2+ et partage sa vision d’une recherche tournée vers les patientes.
Pourquoi avez-vous choisi de vous concentrer sur les métastases cérébrales du cancer du sein ?
À l’heure où une multitude de nouvelles thérapies ciblées émergent, de plus en plus précises et efficientes, la problématique de leur diffusion cérébrale n’est toujours pas résolue. Le cerveau est un organe hautement protégé par l’organisme, dans lequel il est très difficile de faire diffuser les médicaments. On se retrouve aujourd’hui régulièrement en situation d’impasse thérapeutique au niveau cérébral alors que la maladie extra cérébrale est parfaitement contrôlée. Cette situation est emblématique des cancers du sein HER2 qui ont bénéficié depuis plus de 30 ans de l’accès aux premières thérapies ciblées, avec un fort succès. À ce jour pourtant, 30% de patientes métastatiques meurent de leurs métastases cérébrales.
Pouvez-vous nous expliquer, avec des mots simples, ce qu’est le projet “Fab-ulous”, son objectif ?
Le projet Fab-ulous a pour objectif de re designer le traitement des cancers du sein HER2, pour permettre une bonne diffusion cérébrale et un contrôle des métastases. L’objectif in fine est de pouvoir guérir les patientes atteintes de métastases cérébrales de cancers du sein HER2. L’ingénierie d’un nouveau médicament commence par la compréhension de son mécanisme de résistance (ici un système protecteur du cerveau, qui empêche tout passage des médicaments). Ensuite, il s’agit de travailler en collaboration avec différentes équipes (pharmaciens, médecins, chercheurs) pour pouvoir fabriquer ce nouveau composé, et enfin démontrer son efficacité et son innocuité.
Un an après votre distinction par le prix Ruban Rose Avenir en 2025, diriez-vous aujourd’hui, que ce prix a fait avancer concrètement votre projet ?
Depuis 1 an, ce prix m’a permis de recruter des chercheurs pour m’aider à avancer le projet. Un projet de telle ampleur n’est jamais mono financé, j’ai reçu également de l’aide de l’Université et de l’hôpital, acteurs indispensables dans ce projet. Nous avançons sur la fabrication du composé, et j’espère qu’à terme nous apporterons une réelle révolution dans la prise en charge des métastases cérébrales des cancers du sein HER2, et plus généralement des métastases cérébrales des cancers.
Qu’est-ce qui est devenu possible, ou plus rapide, grâce à cette reconnaissance ?
Cette reconnaissance est un tremplin indispensable pour faire décoller un projet de telle ampleur, et apporter du crédit à de futurs appels à projet.
Le cancer du sein est largement médiatisé au mois d’octobre, l’événement octobre rose est indispensable et prouvé son bénéfice car plus de femmes se font dépister en cette période. Octobre Rose est aussi l’occasion de levées de fonds essentielles pour la recherche.
Vous êtes à la fois PHD à l’AP-HP, chercheuse et rattachée à l’Université Sorbonne Paris Nord, en quoi cet écosystème est-il déterminant pour faire avancer ce type de projet ?
Je suis enseignante, chercheuse et cancérologue. Cette dualité clinique-laboratoire (ou hôpital-université) est indispensable pour pouvoir identifier les enjeux, développer les projets et permettre leur application jusqu’aux phases cliniques, aboutissement ultime de la recherche translationnelle.
Si un ou une étudiante en médecine vous dit : “Je veux travailler sur des projets comme le vôtre”, quel conseil lui donneriez-vous ?
Je n’aurai qu’un conseil à donner : travailler dur !




